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19.10.2007

On y est!

Cette fois c’est palpable. Plus d’un mois qu’on me promettait la même ferveur qu’en 1995 et que je ne voyais rien venir… Les pubs étaient certes toujours remplis à ras bord, les verres aussi, l’autre vert était bien sûr de mise chaque soir de match, l’ambiance surchauffée. Mais pas de grosse euphorie à la France 98, y compris après la demi-finale face aux Argentins. Pas de rues envahies, de klaxons ou de places bondées festoyant toute la nuit.

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Et puis tout à coup, on sent monter la sauce. Mais vraiment, presque physiquement. Au feu rouge, on te sert une casquette. Dans le journal, on t’explique que les vendeurs de Biltong (sorte de viande séchée abondamment machouinée par les Sud-Africains: très bon…) s’apprêtent à faire leur plus gros chiffre des cinq dernières années. Ici, personne ne sait qui divorce ou pas en Europe. Ici, on essaie juste de faire savoir aux Boks que tout un pays est derrière eux… Dans le centre commercial du Waterfront du Cap, ce jeudi où le compte à rebours du Cape Argus affiche J-2 et où la rédaction, sous le titre « Boks to the future » (j’adore), nous explique que « le monde entier veut voir les Boks gagner, du moins l’Angleterre perdre », on fait la queue devant la boutique officielle des Vert et Or. Le jeune vendeur, d’habitude plus ou moins désœuvré, ne se préoccupe plus que des éventuels vols. Maillots, polo, drapeaux, peluches, les Capetowniens s’équipent. A 900 rands (environ 90 euros) la pièce, je me dis qu’il eût été plus rentable de l’acheter quelques matches plus tôt. Je n’ai rien compris: seul le jour J compte. J’ai hâte. «Vous verrez, vous allez pleurer, me promet John, le guide du mythique Newland Stadium que je rencontrais hier. Vous allez connaître 1995… » Enfin.

Antoine Gazeau,

Au Cap

PS : Je ne sais pas où je serai le soir du match, mais j’y serai. Je promets klaxons et larmes, photos à l’appui.

15.10.2007

La fin d'un rêve, le début d'une nouvelle étape ?

C'est fini. La grande aventure des Pumas est terminée, ou presque. L'Argentine a chuté face a une Afrique du Sud qui a démontré tout au long de la compétition qu'elle était la meilleure équipe du Mondial. Ici, tout le monde est un peu déçu. On savait qu´on avait face à nous un adversaire impossible à battre.

Mais ces Pumas sont parvenus à éradiquer le mot impossible du vocabulaire. Voilà leur plus grand exploit. L'Argentine est désormais une équipe du plus haut niveau.Mais pour maintenir ce statut, il faut que ce sport se popularise. Beaucoup d´enfants vont vouloir jouer au ballon ovale après ces jours de gloire du rugby argentin. Il faut que les clubs en profitent.

D´un autre côté, il va falloir modifier certaines questions autour de l'amateurisme. Nous ne pouvons pas aspirer à avoir une équipe de prestige international sans un appui croissant de la part des associations provinciales et nationales. Les clubs vont aussi devoir aider leurs joueurs pour qu´ils puissent entraîner plus régulièrement. Les entreprises et la publicité peuvent être un chemin adéquat pour trouver une voie de financement à tous ces changements. Espérons que la fin de ce rêve marque le début d´un nouvelle ère pour le rugby argentin.  

 

Marcelo Boffi,

A Buenos Aires 

Comme prévu

«Pourquoi diable avez-vous perdu contre les Anglais? Ils sont connus pour être mauvais perdants, mais quand ils gagnent, ils sont insupportables... On va devoir leur rappeler le 36-0... » Quand Steven m’a assené ca, dimanche apres-midi, je l’ai d’une part remercié pour sa compassion (comme si ca nous faisait plaisir, à nous, de perdre face aux Anglais: le pub où j’ai assisté a la defaite des Bleus était bourré de sujets de Sa Majesté, je vous prie d’imaginer le cauchemar), d’autre part questionné: «Vous êtes déjà si sûrs d’y aller, en finale?» Il a souri. Il avait raison. Il n’était que realiste, comme son équipe. Le soir, au Paulaner, sur le Waterfront du Cap, l’ambiance est festive, voire déjà très arrosée bien avant le coup d’envoi. Les Pumas ne font pas peur, bien moins que les Fidjiens... Les drapeaux des quatre nations quart-de-finalistes accrochés aux murs ne font pas illusion longtemps: rares sont les assoiffé(e)s sans maillot vert, sans verre tout court d’ailleurs. Ca hurle, ça chante, c’est chouette. L’adversaire n’existe pas, est même quasi-méprisé (fautes argentines applaudies, pénalites pumas sifflées, etc. : tout a fait décevant, mais je m’en remets aux posts et commentaires précédents... Chacun son rugby, sauf qu’on peut difficilement imaginer les Sud-Africains néophytes en la matiere...). Passons outre. Ne généralisons pas. Le jeu est beau, la victoire méritée, Habana devient un demi-Dieu, les Boks sont en finale, et l’Afrique du Sud s’unit une nouvelle fois autour de son équipe. Comme prévu. Comme en 1995. Vivement le week-end prochain: «Comment veux-tu qu’on ait peur des Anglais?» J’espere que Steven a toujours raison.

Antoine Gazeau,
Au Cap


06.09.2007

«Allez les Bleus»

Qu’un supporter irlandais déclare «Allez les Bleus» en français à quinze jours du clash France-Irlande a de quoi étonner. Que mon ami Kevin, soutien indéfectible de l’équipe du Leinster, soit l’Irlandais en question a de quoi me faire lâcher ma Guinness. Et pourtant , epuis deux ans en Irlande, j’ai appris à tenir une pinte! Kevin fait partie des supporters «sérieux»: abonnement à la saison et dernier modèle du maillot, même si la seule différence est un changement de sponsor.

Qu’est-il arrivé à Kevin? Quelques semaines plus tôt, avant Bayonne et la «sinusite» d’O’Driscoll, il prédisait que l’Irlande et l’Argentine finiraient en tête de la poule D et ne faisait pas grand cas du XV tricolore. La difficile victoire contre l’Italie (23-20) et la blessure d’O’Driscoll auraient-elles suffit à faire dégoûter  Kevin de son équipe? A faire fondre sa fidélité? Sourire aux lèvres devant mon air ahuri, Kevin m’explique alors que les supporters de Leinster ont l’habitude d’encourager leurs joueurs (dont le maillot est d’une couleur plus claire que celui de la France) à coup d’« Allez les Bleus » en français dans le texte. Et que lors de la Coupe du monde, il soutiendra d’abord les joueurs du Leinster. Tous les joueurs du Leinster. Brian O’Driscoll évidement: «He has to come back, Ireland without Deco isn’t Ireland.» Mais aussi l’Argentin Felipe Contepomi: «The guy is a genius.» Il ne faudra pas s’étonner si, vendredi soir, parmi les «Allez les Bleus» du stade de France, certains ne s’adresse pas aux Bleus… enfin pas à ces Bleus-là!

Merrill Goussot

 
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