29.09.2007
La Géorgie peut encore se qualifier
Mercredi dernier, le Petit Poucet a chaussé ses bottes de sept points face aux Namibiens. Enfin, de la réussite au pied, et des trois-quarts qui profitent logiquement du boulot du trente-trois tonnes de la mêlée. Du jeu, des plaquages, de l’interception, du tour d’honneur. Mais ça ne suffit pas aux Géorgiens. Malkhaz, l’ancien manager de la sélection, trouve que c’était une victoire «complexée», car les Lelos savaient que les Namibiens étaient à leur portée. A 30-0, ça fait cher du complexe, mais du coup, Malkhaz est persuadé que face à la France, il n’y aura pas autant de fautes de main, de coup de pied dévissés et d’approximations dans les passes. Ca, on le verra dimanche.
Tout d’abord, il nous faut un peu d’histoire. Tout le monde sait que vingt-sept «Lelos» sur trente jouent dans les diverses divisions du championnat français. Moins nombreux sont ceux qui savent que c’est parce que c’est un Français –et non un Anglais, pour une fois– qui a apporté le rugby dans le Caucase. Jacques Hespékian, un Marseillais d’origine arménienne, s’était retrouvé bloqué en URSS après avoir voulu revoir la terre de ses ancêtres. Pour tuer le temps, il avait essayé de monter une équipe de rugby. Mais comme les Arméniens se montraient peu amènes envers le ballon ovale, il est allé quelques kilomètres plus loin, en Géorgie, où il a monté la première équipe de rugby à l’Université Polytechnique de Tbilissi. C’est du moins ce que racontent les rugbymen géorgiens. Car ici, on n’en manque pas une pour narguer le voisin caucasien, qui, il est vrai, n’est pas très en vue au classement de l’IRB.
Mais tout cela, ce sont des choses connues ; n’importe quel journaliste sportif vous le dira. Par contre, ce que presque aucun Français ne sait, c’est que le premier ballon géorgien, c’est Jacques Hespékian lui-même, cordonnier de son état, qui l’a cousu! Conclusion immédiate: les Français ont donné à leurs adversaires de dimanche le ballon pour se faire battre. Car ne l’oublions pas: les Géorgiens peuvent encore se qualifier. Si, si. Il suffit que l’Argentine batte l’Irlande –facile, les rouge et blanc l’ont presque fait– et que les Lelos mettent quatre essais dans la vue aux Français. Bon, c’est pas gagné. Mais puisqu’on vous le dit: c’est trop tard, le ballon est dans le camp géorgien !
Emmanuel Guillemain d'Echon,
En Géorgie
12:03 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : rugby, mondial, géorgie, france
Folie douce au Cap
Enfin Le Cap… Fait beau, ça sent le printemps. Les Boks en Une des magazines, en boucle dans la radio du taxi, en panneaux géants sur l’autoroute, qui masquent les taules vivantes des townships du coin… Cette fois, j’y suis. «Ça va être la folie», m’étais-je toujours dit. Bof. Folie douce alors. Plein de gens qui s’en foutent, du rugby… Même dans l’avion Johannesburg–Cape Town, où la gagnante d’un billet pour le quart face aux Gallois ou aux Fidjiens (tirage au sort des cartes d’embarquement: c’eût été drôle que je l’emporte…) fut timidement applaudie. Un peu de ferveur, que diable! Comme promis… «On ressent une vraie ferveur. On vend tous les jours plus de maillots et de drapeaux, et à des locaux, pas à des touristes», me rassure quand même Faiek, vendeur chez FlagWorld, qui se frotte les mains en pensant à une éventuelle finale. Il me tape sur l’épaule: «Vous verrez dimanche!»
Contre les USA, l’entraîneur Jake White aligne un XV «puissant». S’agit de montrer au monde que «les Springboks ont tout ce qu’il faut pour être sacrés», rappelle le «Cape Argus» de ce vendredi.
En attendant dimanche (je vous raconterai tout ça), je lis le journal au pied de la Table Mountain. La signature d’un certain Thomas Castaignede m’interpelle: l’ex-international français tient sa chronique hebdomadaire dans le «Mail and Guardian». Ce vendredi, il classe les entraîneurs du tournoi, commentaires à l’appui: 1–Marcello Loffreda (Argentine), «qui a fait mieux que tous les autres avec des joueurs peu habitués les uns aux autres» ; 2–Graham Henry (Nouvelle-Zélande), «parce qu’il a hissé vers le haut des joueurs au potentiel déjà énorme» ; 3–Jake White (Afrique du Sud), «qui était presque viré il y a un an» ; 4–Quddus Fielea (Tonga), «parce qu’il a bâti en peu de temps une équipe au grand cœur, valeur esentielle» ; 5–Tomaz Morais (Portugal), «le Jose Mourinho du rugby?»… et «The biggest loser is so far Eddie O’Sullivan» (Irlande). Pas un mot sur les Français. Il a choisi de ne pas prendre Laporte. Je sais, c’était facile.
Antoine Gazeau,
au Cap
11:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rugby, mondial, boks, afrique du sud
28.09.2007
Un miracle sinon rien
Les miracles n’arrivent pas qu'au milieu des déserts ou aux sommets de collines. Ils se produisent aussi sur des pelouses bien entretenues. Enfin, c’est ce qu’espèrent les Irlandais. Car si un mot revient encore et encore dans les commentaires d’avant-match, c’est bien celui de «miracle». Et parfois un miracle, c’est très scientifique: ça se mesure en essais et en points. Quatre essais et une victoire de plus de 7 points pour être précis.
Pour l’Irlande, qui a péniblement marqué 14 points contre la Géorgie, déposer quatre essais derrière la défense argentine a des allures de chemin de croix. Les joueurs se préparent à la la pénitence, mais restent focalisés sur un but plus important que les coups qu’ils vont prendre. Prouver aux incroyants qu’ils méritent de figurer parmi les huit meilleures équipes du monde, et donner un sens aux mois de préparation.
Malgré l’absence du pilier Simon Best (problème cardiaque), les hommes en vert veulent y croire et dans chaque pub du pays, les passionnés communieront avec leur équipe pendant les 80 minutes qui décideront de leur sort. Quant-à moi, je quitte la capitale le temps d’un week-end et part en pèlerinage à Galway, où je me prépare à regarder le match, à rire ou à pleurer selon le résultat, entouré d’amis pour la vie rencontrés cinq minutes plus tôt.
Merrill Goussot
(En Irlande)
09:47 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rugby, mondial, irlande, argentine
27.09.2007
Mondial blues
Il y a une semaine, j'étais face au haka des All-Blacks, et aujourd'hui j'ai fait mes course au supermarché de Mont-de-Marsan, ça fait un peu drôle. Le fait de voir encore des matchs, des équipes qui continuent, rend forcément un peu mélancoliques. On aurait vraiment voulu gagner un match, mais on ne finit pas fanny et on rend au final une copie plus que présentable, après avoir marqué un essai à chaque grande nation de rugby qu'on a rencontré. Mais en plus du coup de blues, il y a aussi un contre-coup physique évident. Ça fait deux mois qu'on s'entraînaient comme des bêtes et on est un peu sur les rotules.
Contre l'Italie, on a encore su fournir une grosse défense. On voulait vraiment se les payer, c'est quand même le Top 10 mondial ces mecs-là! On a craqué que sur la fin et ça nous avait donné des bonnes bases pour le match contre la Roumanie. Là on s'était dit que le petit poucet allait bouffer l'ogre roumain. On a longtemps eu le dessus, mais c'était la fin de compétition et on avait les efforts de l'Italie dans les jambes. Après, c'est un truc de mental et, comme souvent dans ces cas-là, on a pris un essai en ballon porté et ça nous a fait mal psychologiquement. Mais après le match, les Roumains nous ont dit qu'ils étaient «heureux d'avoir gagné contre une grande équipe». Il n'y a rien qui peut te faire plus plaisir...
A la fin du match, Antonio Aguilar s'est fait demander en mariage par sa copine. On était au courant, c'était sympa de voir sa tronche. Après 80 minutes d'effort, comment dire, il était étonné. Il n'a pas donné sa réponse, mais ça fait six ans qu'ils sont ensemble, alors... Ce qui est un peu triste, c'est qu'à Toulouse, les bars ferment à 2h du mat', alors on a pas vraiment fait la fiesta qu'on aurait voulu. Et le lendemain (hier), les gars rentraient au Portugal. David Penalva a rejoint Blagnac et moi Mont-de-Marsan. Pour nous deux, c'est une nouvelle Coupe du monde qui commence, mais qui s'appelle Pro D2. Avec les mêmes objectifs: se battre chaque dimanche pour se maintenir et honorer une nouvelle fois les habits du petit poucet. On a besoin d'un peu de repos, mais on a pour nous d'être affûtés. En ce qui me concerne, j'attends un coup de fil du coach pour reprendre l'entraînement. Lundi ou peut-être même vendredi. La vie continue...
André da Silva,
pilier du Portugal
Avis à nos lecteurs, Dédé s'est engagé à venir nous voir dès qu'il passe à Paris. Vous pourrez alors discuter avec lui de ce Mondial et de la performance des Lobos...
15:15 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : Portugal, blues, Mont-de-Marsan, grande équipe, Pro D2, petit poucet
Un intérêt pas seulement tactique
Nous sommes encore une fois dans l´attente d´un nouvel exploit des Pumas. Cette fois l´adversaire sera la rude Irlande. Un match clé puisque la première position du groupe est en jeu et que nous les avons déjà plusieurs fois battu. A chaque match, j'essaye de changer de lieu emblématique du rugby argentin. Pour les grands débuts contre la France, j'avais choisi le CASI, l'ancien club du capitaine Agustín Pichot. Pour le match contre les géorgiens, je suis allé au légendaire bar “Los Pumas”. Contre la Namibie, je me suis faufilé au club San Andrés pour admirer cette belle victoire.
Il est très probable que ce charmant endroit soit à nouveau ma maison pour le match décisif de dimanche. J'y suis allé hier pour sentir l´ambiance qui est en train de monter. Un des membres me raconte que ce club a été fondé par les anciens élèves du collège écossais Saint Andrews. L´environnement est donc très british. L´influence anglaise est très forte dans le pays des gauchos. Ce sont d´ailleurs eux qui ont semé les prémisses du rugby argentin. Comme n´importe quel autre bar londonien, la bière arrose les gorges de tous les fans qui se trouvent ici, dont la plupart jouent au rugby. Beaucoup d´entre eux ont des amis chez les Pumas.
Tous ensemble, ils se sont cotisé pour louer du matériel vidéo, afin de suivre cette fascinante Coupe du Monde. D'habitude, le public est en général très confiant ici. Mais les Pumas ont déjà largement dépassé les attentes les plus folles. En Argentine, ils sont en ce moment sont des vraies stars. Il sont partout: à la télé, à la radio, dans la rue grâce à de nombreuses publicités, dont l'une déclare carrément: «nous sommes tous des Pumas».
Les répercutions des exploits albicelstes ont réveillé la curiosité de tous les Argentins… et les Argentines. Mais il faut avouer que l´intérêt des téléspectatrices n´est pas seulement du aux qualités tactiques de l´équipe mais aussi à l'esthétique de certains. «Qu´est-ce qu´il est beau celui qui shoote le ballon», ai-je plusieurs fois entendu de la bouche de jeunes filles admirant Felipe Contepomi. La notoriété permet aussi aux Argentins de découvrir les facettes cachées des Pumas. Ainsi Omar Hasan qui est aussi baryton. Depuis, on entend systématiquement «Et en plus il chante bien le mec» quand on évoque son nom. Soudain, les fans de rugby son devenu critique d´art. Les Pumas rêvent de quarts de finale. Et le peuple avec.
Marcelo Boffi,
à Buenos Aires
13:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Argentine, San Andres, Notoriété, Fierté, Art, esthétique, rugby
23.09.2007
Prudence
Ils sont qualifiés. C’est donc d’abord un «ouf» qui accueille la courte victoire des Boks face aux Tonga, hier (30-25)… Mais ce fut laborieux, «douloureux», même, selon le Sunday Independant, qui note que le XV sud-africain a décidément besoin de ses cadres (Montgomery, Smith) et de ses stars (Habana, etc.).
«Ils ont failli avoir tout faux», ajoute le Cape Argus. Je fais court sur ce post parce que je ne suis toujours pas au pays de Mandela et que j’en écrirai sûrement des tartines une fois sur place. Je rappelle juste le tiraillement actuel des Sud-Africains: très confiants dans le destin de leur équipe (tableau rassurant en effet) mais conscients qu’ils l’étaient aussi à l’entame de la Coupe du monde de cricket où les Proteas, leur équipe nationale, s’est fait humilier beaucoup trop tôt…
Ce lundi, l’Afrique du Sud célèbre l’«Heritage Day». Un jour férié à la gloire de l’unité d’une nation que tout divisait. Un billet pour les quarts, c’est déjà un chouette cadeau…
Antoine Gazeau,
au Cap dans quatre jours
16:07 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Springboks, Quart, Heritage day, Cricket
22.09.2007
En direct du Pub, mais côté Frenchie
Une heure avant le match, les premiers supporters français arrivent au Thomas House. Ce pub de Dublin n'est pas réputé pour passer du rugby ou du sport en général. Il est plutôt positionné sur un créneau musical avec soirées électro, reggae ou rock. Mais comme, depuis presque un an, il accueille le French Friday, on a mis une gentille pression pour qu'ils installent des écrans!
Une demi-heure avant le match, il n'y a plus de places assises, et l'accès au bar devient compliqué. Essayez de vous déplacer au milieu d’une foule avec trois pintes dans les mains et vous comprendrez que c'est une pratique à risques. Bien que largement minoritaires dans le pub, les Irlandais présents font un joyeux raffut. En vert de la tête aux pieds, ils compensent leur faiblesse numérique par leur énergie. Du côté Frenchie, il faut chercher pour trouver quelques maillots bleus. 9-0 pour la France. Chaque pénalité reçoit son lot d'applaudissements, mais on sent bien que tout le monde attend un vrai et bel essai. C'est avec la manière qu'on veut gagner contre les Irish.
La première mi-temps rassure (on va gagner), mais ne passionne pas (c’est quand qu’on marque un essai?). Depuis un an, tous les pubs irlandais sont non-fumeurs, alors les spectateurs taquins, profitent de la mi-temps pour jouer à «qui va fumer sa clope, perds sa place». 58e minute. Un coup de pied de Michalak à travers la défense irlandaise et essai de Vincent Clerc. La clameur retentit. C'est comme ça qu'on veut gagner!
Après cet essai, les aller-retour vers le bar se développent exponentiellement. La troisième mi-temps commence avant la fin de la deuxième. Les dernières 20 minutes se passent à atteindre le bar, commander sa tournée de pintes, les rapporter à son groupe de potes, les boire, puis aller à nouveau au bar. La soirée ne faisait que commencer. Et elle s'est terminé tôt...
Merrill Goussot
(en Irlande)
12:39 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Irlande, Pub, Dublin, Frenchies, Irish, rugby, Troisième mi-temps
21.09.2007
Le moral dans les chaussettes
«La France va annihiler l’Irlande». Dixit mon beau-père irlandais. Je me suis bien gardé de contredire, il faut bien être poli avec la belle-famille, non ? Il paraît loin, le temps où les chauffeurs de taxi enchaînaient directement sur un «Désolé pour votre future défaite» après avoir reconnu mon accent. Désormais, ils évitent les vannes et évoque gentiment la météo ou les derniers déboires judiciaires des hommes politiques.
La confiance irlandaise ébranlée par le match contre la Namibie n’a pas survécu à la difficile victoire contre la Géorgie. Malgré les t-shirts «In B.O.D. we trust» (Jeu de mot sur les initiales de Brian O’Driscoll et de l’expression In God we trust), qui pululent dans les rues, les Irlandais n’y croient plus vraiment. «Et pourtant, c’est l’équipe qui a presque gagné le Six Nations», remarque une amie irlandaise qui cherche une explication aux bégaiements de son équipe. Comme les instituts de sondages vérifient le moral des ménages, les bookmakers évaluent le taux de confiance des Irlandais. Et ces professionnels du pari confirment l’impression générale de débandade…ils pronostiquent tous une victoire française.
Dans la communauté frenchie, chacun organise son vendredi soir et se donne rendez-vous dans un pub pour regarder le match. J’en profite pour inviter des lecteurs du blog de passage à Dublin à me retrouver au Pub Thomas House (Thomas Street) où l’on passera le match pendant la soirée mensuelle French Friday (co-organisée par votre serviteur).
Merrill Goussot (en Irlande)
11:23 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Irlande, débandade, bookmakers, In BOD we trust, French Friday
19.09.2007
L'arbitre nous a offert l'essai comme le Graal
Quelle émotion ce match contre les Black! Au final, on n'a pas eu vraiment le temps de la ressentir avant. On est rentré de l'échauffement à la bourre et la remise des maillots a été rapide. La tension n'est vraiment montée que dans le couloir menant à la pelouse de Gerland. En file indienne, derrière le drapeau, les hurlements des tribunes à notre entrée sur le pré... J'avoue avoir été submergé par les frissons. A mon niveau, je comprends largement ce que le mot pression a voulu dire pour les Français contre l'Argentine.
Paradoxalement, le haka nous a permis de se reconcentrer. On avait décidé de s'avancer à 10m d'eux, sur la ligne médiane. Comme ça on pouvait le voir de près. C'est impressionnant, ces regards qui changent, ces mimiques qui apparaissent d'un coup sur leurs visages. Il s rentrent dans leur haka comme on entre en transe. Et nous, juste devant eux. Tellement proches que tu te sens menacés. Donc tu les regardes et tu te dis que t'as pas le droit de baisser les yeux. Tu n'es plus spectateur, mais un acteur concentré de leur haka. Et quand ils poussent le cri final, tu te dis juste «bon, ben c'est fini. On y va»... D'entrée, la première relance de Rokoko (sic) a bien situé le rapport de force. Quand on a vu que notre arrière "Pipoc" (Cabral, qu'on surnomme ainsi parce qu'il saute et court partout... comme un pop-corn) s'est fait largué, on s'est dit: «Et meeeeerde...» Mais franchement, c'est génial à voir jouer. Tellement fluide. Ça se place, ça se déplace, ça prend les intervalles... Ou plutôt ça s'engouffre. Tout le temps. Comme une cascade sans fin... Lors d'une séquence dans nos 22, j'en ai vu un partir au large. Je me suis dépouillé pour l'attraper. Aux chevilles, pour éviter de tomber dans le piège de la facilité du plaquage haut. A cœur vaillant, tu le chopes et t'es fier... mais tu te relèves et il y a essai. Pareil quand t'es en mêlée. Je vous jure que je ne me suis pas relevé une seule fois, sans que la balle ne soit pas déjà au niveau de la ligne d'avantage. Dans ces cas-là, tu baisses la tête et tu te replies...
Je tiens vraiment à féliciter Diogos Mateus, notre premier centre, qui a été impressionnant tout au long de la partie, tant au plaquage qu'à l'initiative du jeu. Il a été énorme! Et puis, il y a eu l'essai, le plus beau, un essai collectif. Comme un symbole. J'étais déjà sorti, mais je poussais quand même avec tout le banc. Interminables séquences vidéos, et l'arbitre nous offre l'essai comme le graal. Autre satisfaction: on a pas perdu une mêlée face aux Blacks, ce qui en soi est déjà une fierté, même si on est conscient de nos faiblesses et qu'on sait avoir été heureux sur ce coup là. En première ligne, tu sens la grande équipe en face de toi, solide sur les engagements. Je dirais bien qu'ils truquent en entrant un peu avant, mais ils ont raison de le faire. On aurait été les Blacks, on l'aurait fait aussi. Et puis on peut pas leur en vouloir, car ils nous ont respecté.
Un seul regret, qui vaut pour tous les matchs: le manque de convivialité. On a pas l'occasion de parler avec les joueurs après le match. Nous, on aurait bien aimé parler avec les Blacks, faire une petite troisième mi-temps. Pas grand-chose, juste histoire de boire un coup une heure. Mais l'organisation nous prive des beaux échanges. C'est dommage, ce doit être aussi ça le professionnalisme à ce niveau.
Maintenant, il nous reste deux matchs. On a préparé l'Italie avec un gros cœur, malgré les efforts de samedi. On va tout donner en défense, car on a envie de les accrocher. Il paraît que c'est le premier match à guichets fermés de la compétition. Ça veut dire que la communauté est toujours plus mobilisée. Alors on ne va rien lâcher et on va profiter de cette dynamique à fond, sans s'économiser en pensant au dernier match contre la Roumanie. Et on va arriver à conclure cette belle histoire en apothéose.
Dédé Da Silva
Pilier gauche du Portugal
NDLR: félicitations à David Penalva, le deuxième ligne des «Loups», pour avoir tenté d'imiter la voix de Dédé au téléphone et ainsi faire croire qu'il avait eu «la trouille devant les Blacks»... Bien tenté, mais on ne pouvait pas y croire...
12:20 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Portugal, rugby, Lobos, Blacks, émotion, Italie, graal
17.09.2007
Les Pumas continuent leur rêve
La coupe du monde avance. Les victoires de l´Argentine ont transformé ce sport plutôt «elitiste» une passion populaire. Tout le monde parle maintenant des All Blacks, Springboks et compagnie. Les Pumas ont presque monopolisé les rues et les médias.
Laissez moi partager avec vous le match Argentine - Géorgie. Pour le grand début face aux Bleus, nous avions choisi le CASI, l´ancien club de Agustin Pichot. Pour le deuxième confrontation sommes restés à San Isidro, capitale nationale du rugby. Deux des plus grandes équipes nationales, le CASI et le SIC, sont nés dans ce quartier qui se trouve à trente kilomètre du centre de la ville de Buenos Aires. Où pouvons-nous nous retrouver pour voir ce deuxième match? Au bar « Los Pumas », naturellement. Le sport de l´ovale, comme on dit en Argentine, se sent dans tous les coins de ce chaleureux bistrot. Nous sommes en effet dans un oracle du rugby argentin. Les photos anciennes et actuelles décorent les murs. Les drapeaux bleu, ciel et blanc sont aussi présents. L´ambiance est idéale. Il l´y a même quelques médias. L´hymne géorgien sonne. Je dois vous avouer que peu de personnes savent vraiment où se trouve ce lointain pays caucasien.
Cette certaine méconnaissance nous donne de l´espoir pour ce match. Voilà l´hymne argentin. Les joueurs transmettent leurs larmes aux lointains téléspectateurs. Leur façon de chanter la musique nationale est émouvante. Tout le monde en parle. «Tu as vu comment ils ont chanté l´hymne?» Ce type de questions est devenu récurrent.
La première mi-temps commence. Dés le début les géorgiens font pression. Le bar est plein. «Je suis sorti du boulot en disant que je devais aller à la banque. Je ne pouvais pas louper ça», explique un jeune homme. Il est 15h30, heure locale. Au travail il faut bien trouver une excuse. Pourtant, dans certains bureaux, tout s´arrête pour supporter l´équipe nationale. La fin des 40 premières minutes laisse un goût amer. Un voisin de comptoir lâche: «Je vous l'avez dit. Ces géorgiens jouent tous en France. Ils sont forts. Et nous on n'a pas Pichot». On entend derrière : «Tais toi, soit pas pessimiste. Allez Pumas !». La deuxième mi-temps est partie. L'Argentine montre tout son jeu.
Contepomi démontre une fois encore qu´il a un pied d´or. «Il faut lui faire un monument !» propose un fan. Mais il n´y a pas que lui, c´est toute une équipe. «Ils se sont réveillés», crie quelqu´un. Le festival sportif commence en France, les chansons commencent ici, au bar. Contemponi loupe un coup de pied. «Il doit quand même démontrer qu´il est humain», justifie-t-on au café. C´est la fin. Le bar est une grande fête. Les voitures aux alentours s´arrêtent pour commémorer une nouvelle victoire argentine. Les Pumas continuent leur rêve. Derrière eux rêve tout un pays.
Marcelo Boffi,
à Buenos Aires
09:49 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Argentine, engouement populaire, rugby, Georgie










