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21.10.2007

«Glory Boys!»

Imaginez une finale de Coupe du monde retransmise dans un hangar du Cap. Imaginez plus de 500 personnes crier à la vue de Mandela, chanter à tue tête le Nkosi Sikelel’ iAfrika, l’hymne sud-africain. Voyez-les se lever quand François Stein perce les lignes ou quand Monty «Beach Boy» («Goldenboot» en VO) Montgomerry prend son élan. Observez ces jeunes Anglaises ô combien courageuses, voire inconscientes, défier les locaux sur l’air de God saves the Queen. Entendez comme c’est chaud, comme c’est beau.

  

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Imaginez qu’il faut beau, que tout le monde est maculé de vert et or, que les Springboks mènent 12-6, que les Anglais poussent cruellement, et que pfffffff... Ecran noir. Cris hystériques. Minutes de stupeurs. On est à la 65e, on est à cran. Plus d’image, plus de son. Et la panne semble en être une vraie… Imaginez alors que deux, trois, cinquante, cent supporters décident de se lever, de sortir, de courir, vite, vers les autres pubs alentour. Que les videurs desdits établissements leur refusent l’entrée : «It’s full!» Que la fin du match doive se vivre au son des vivas et des frayeurs des autres –heureux– supporters. Et bien sachez que ça arrive. Mais que ça n’enlève rien au plaisir de la victoire. Maintenant souvenez-vous. France 98, la France «black-blanc-beur». Les klaxons, les embrassades, les pleurs même. Les drapeaux, les balcons, les voitures bousculées, les litres de bière avalés. Les sourires, partout... Long street, c’est les Champs-Elysées. L’engouement mesuré suscité par la Coupe du monde avant les demi-finales me laissait un peu perplexe, j’avoue. Comme j’avais tort…

 

 

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Ce matin, les drapeaux sont encore accrochés aux voitures. Les gens s’embrassent toujours. Mes amis sud-africains évoquaient, en tout début de Mondial, sur ce même blog, l’autre enjeu de la compétition : celui, comme en 1995, de réunir une nation si souvent divisée. Je vois ce dimanche matin de la fierté. Et je me dis que le sport, c’est quand même chouette. Vivement 2011.


Antoine Gazeau,
Au Cap


PS : «Glory Boys!», c’est le titre du Sunday Times ce matin. Inutile de préciser le nombre de pages consacrées à la soirée «magique» d’hier… Toutes.

19.10.2007

Dernier tango à Paris

Le dernier match des Pumas est arrivé. Leurs victoires ont popularisé le rugby en Argentine. Cette Coupe du Monde a élevé ces gladiateurs au titre de héros nationaux. Leurs noms sonnent partout: journaux, magazines, radio, TV. Même la politique s´intéresse à eux. En effet, leurs détresses ont dépassé le domaine sportif pour être appliquées dans le terrain politique.

Un exemple. Le capitaine Agustín Pichot pourrait devenir ambassadeur d´une province argentine en France. Il s´agit, il faut le préciser, d´un titre uniquement honorifique. Cet accord fut planifié avant la Coupe mais les prouesses des Pumas ont sans aucun doute donné un grand élan à cette idée. Il est fort probable que d´autres nominations de ce genre se répètent. Cela est déjà un fait dans le domaine du journalisme. Certains joueurs, Felipe Contepomi entre autres, écrivent déjà des articles pour les principaux journaux locaux.

Avant d'en terminer, seulement deux mots sur le match entre les Bleus et les Pumas. Nous sommes tous au courant de la lamentable rivalité qui est née entre Français et Argentins dès le premier match de ce Mondial. Les fans argentins n´ont naturellement pas aimé être sifflés par les français. Les français de leur côté ont leurs raisons d'être mécontents. Pourtant cette confrontation entre peuples amis est déplorable. C´est à nous, les fans, de changer cette histoire. Ne faisons pas de cette grande fête une guerre inutile. Souvenons nous que ce n´est qu´un match de rugby. Et Que le meilleur gagne!

 

Marcelo Boffi,
à Buenos Aires

 

On y est!

Cette fois c’est palpable. Plus d’un mois qu’on me promettait la même ferveur qu’en 1995 et que je ne voyais rien venir… Les pubs étaient certes toujours remplis à ras bord, les verres aussi, l’autre vert était bien sûr de mise chaque soir de match, l’ambiance surchauffée. Mais pas de grosse euphorie à la France 98, y compris après la demi-finale face aux Argentins. Pas de rues envahies, de klaxons ou de places bondées festoyant toute la nuit.

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Et puis tout à coup, on sent monter la sauce. Mais vraiment, presque physiquement. Au feu rouge, on te sert une casquette. Dans le journal, on t’explique que les vendeurs de Biltong (sorte de viande séchée abondamment machouinée par les Sud-Africains: très bon…) s’apprêtent à faire leur plus gros chiffre des cinq dernières années. Ici, personne ne sait qui divorce ou pas en Europe. Ici, on essaie juste de faire savoir aux Boks que tout un pays est derrière eux… Dans le centre commercial du Waterfront du Cap, ce jeudi où le compte à rebours du Cape Argus affiche J-2 et où la rédaction, sous le titre « Boks to the future » (j’adore), nous explique que « le monde entier veut voir les Boks gagner, du moins l’Angleterre perdre », on fait la queue devant la boutique officielle des Vert et Or. Le jeune vendeur, d’habitude plus ou moins désœuvré, ne se préoccupe plus que des éventuels vols. Maillots, polo, drapeaux, peluches, les Capetowniens s’équipent. A 900 rands (environ 90 euros) la pièce, je me dis qu’il eût été plus rentable de l’acheter quelques matches plus tôt. Je n’ai rien compris: seul le jour J compte. J’ai hâte. «Vous verrez, vous allez pleurer, me promet John, le guide du mythique Newland Stadium que je rencontrais hier. Vous allez connaître 1995… » Enfin.

Antoine Gazeau,

Au Cap

PS : Je ne sais pas où je serai le soir du match, mais j’y serai. Je promets klaxons et larmes, photos à l’appui.

15.10.2007

La fin d'un rêve, le début d'une nouvelle étape ?

C'est fini. La grande aventure des Pumas est terminée, ou presque. L'Argentine a chuté face a une Afrique du Sud qui a démontré tout au long de la compétition qu'elle était la meilleure équipe du Mondial. Ici, tout le monde est un peu déçu. On savait qu´on avait face à nous un adversaire impossible à battre.

Mais ces Pumas sont parvenus à éradiquer le mot impossible du vocabulaire. Voilà leur plus grand exploit. L'Argentine est désormais une équipe du plus haut niveau.Mais pour maintenir ce statut, il faut que ce sport se popularise. Beaucoup d´enfants vont vouloir jouer au ballon ovale après ces jours de gloire du rugby argentin. Il faut que les clubs en profitent.

D´un autre côté, il va falloir modifier certaines questions autour de l'amateurisme. Nous ne pouvons pas aspirer à avoir une équipe de prestige international sans un appui croissant de la part des associations provinciales et nationales. Les clubs vont aussi devoir aider leurs joueurs pour qu´ils puissent entraîner plus régulièrement. Les entreprises et la publicité peuvent être un chemin adéquat pour trouver une voie de financement à tous ces changements. Espérons que la fin de ce rêve marque le début d´un nouvelle ère pour le rugby argentin.  

 

Marcelo Boffi,

A Buenos Aires 

Comme prévu

«Pourquoi diable avez-vous perdu contre les Anglais? Ils sont connus pour être mauvais perdants, mais quand ils gagnent, ils sont insupportables... On va devoir leur rappeler le 36-0... » Quand Steven m’a assené ca, dimanche apres-midi, je l’ai d’une part remercié pour sa compassion (comme si ca nous faisait plaisir, à nous, de perdre face aux Anglais: le pub où j’ai assisté a la defaite des Bleus était bourré de sujets de Sa Majesté, je vous prie d’imaginer le cauchemar), d’autre part questionné: «Vous êtes déjà si sûrs d’y aller, en finale?» Il a souri. Il avait raison. Il n’était que realiste, comme son équipe. Le soir, au Paulaner, sur le Waterfront du Cap, l’ambiance est festive, voire déjà très arrosée bien avant le coup d’envoi. Les Pumas ne font pas peur, bien moins que les Fidjiens... Les drapeaux des quatre nations quart-de-finalistes accrochés aux murs ne font pas illusion longtemps: rares sont les assoiffé(e)s sans maillot vert, sans verre tout court d’ailleurs. Ca hurle, ça chante, c’est chouette. L’adversaire n’existe pas, est même quasi-méprisé (fautes argentines applaudies, pénalites pumas sifflées, etc. : tout a fait décevant, mais je m’en remets aux posts et commentaires précédents... Chacun son rugby, sauf qu’on peut difficilement imaginer les Sud-Africains néophytes en la matiere...). Passons outre. Ne généralisons pas. Le jeu est beau, la victoire méritée, Habana devient un demi-Dieu, les Boks sont en finale, et l’Afrique du Sud s’unit une nouvelle fois autour de son équipe. Comme prévu. Comme en 1995. Vivement le week-end prochain: «Comment veux-tu qu’on ait peur des Anglais?» J’espere que Steven a toujours raison.

Antoine Gazeau,
Au Cap


13.10.2007

Une défaite est impossible

Soyons clair: le thermomètre affiche 27°C, le ciel azur – aucun lien avec les Pumas – ne devrait pas virer avant mardi, ni le moindre nuage faire de l’ombre aux terrasses ou aux plagistes. Au Cap, en Afrique du Sud, on s’apprête à la fois à fêter la fin du Ramadan (pour certains) et le premier vrai week-end de printemps. Il n’y a que les esprits chagrins pour imaginer une fête gâchée dimanche soir. Et je n’en ai pas rencontré. Non pas que les Argentins ne soient pas pris au sérieux. «On les a toujours battus mais ils ont le vent en poupe, tout un pays derrière eux, et même un deuxième avec la France», croit savoir Nick, qui estime donc que « ce sera très dur, mais comme contre les Fidjis…»

A dire vrai, lui comme les autres ont du mal à se convaincre qu’une défaite est possible. Ce qui fait peur? L’engouement nouveau des Sud-Américains pour le rugby, évoqué dans tous les journaux, ici comme ailleurs. La réponse? La magie. Celle de 95: «Les ressemblances sont frappantes, note Morné Du Plessis, l’ex-capitaine et manager des Boks. Comme à cette époque, les joueurs montrent une formidable confiance en eux, ils aiment être ensemble… On sent un réel esprit de famille.» Comme à cette époque aussi – et comme il l’avait annoncé il y a quelques semaines, par ailleurs –, Faiek , notre fidèle marchand de tee-shirts, vend toujours plus de maillots Vert et Or. A des Capetowniens, pas à des touristes : «On sent que la Nation est en train de s’unir autour de l’équipe.» Rien à voir avec la folie qu’on nous décrit en Argentine, mais le dernier carré, c’est le dernier carré: «Et quoiqu’il en soit, les Boks auront joué sept matchs. C’est bon pour moi…»

Jake White, le coach des Boks, se moque pas mal des tee-shirts. «We’ll play France in final». C’était déjà en Une du Cape Argus, lundi, dans sa bouche: «Pour nous, le scénario de départ, c’était de jouer le pays organisateur en demi-finale. Quand les Français ont perdu contre les Argentins, on a su qu’on les rencontrerait en finale…» Il n’y a bien que Faiek pour considérer que tout ce qui vient désormais, c’est du bonus… Aux yeux des autres, surtout après les défaites des Blacks et des Wallabies, ce qui compte, c’est le titre!

Antoine Gazeau,
Au Cap


12.10.2007

Les Verts derrière les Bleus

Qui soutenir entre la France qui a participé à l’élimination de l’Irlande et l’Angleterre, l’ennemi historique? En faisant un mini-sondage parmi mes amis, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, mais leurs réponses sont sans équivoques. Le pays du Trèfle soutient les hommes en bleu. Petite sélection de réponses traduites de l’anglais. Eva: «Ce serait cool si la France et l’Argentine se retrouvaient en finale…donc la France». Báirbre: «La France, à cause de Chabal». Sorcha «Je soutiens la France… ils jouent un bon rugby et s’ils gagnent, on aura moins de regret d’avoir été battu par les vainqueurs.» David: «Allez la France! Quelle autre équipe pourrais-je soutenir?» Laura: «La France jusqu’au bout »...

Espérons que les encouragements irlandais insuffleront un supplément de fighting spirit aux Français… A Dublin, personne ne souhaite voir les représentants de l’île voisine continuer leur parcours. Certaines rivalités ont la peau dure.

Merrill Goussot,
à Dublin

11.10.2007

«C'est mon rugby»

A Cardiff, les Français avaient envahi le pays de Galles. Samedi dernier, ils étaient près de 25.000 pour soutenir les Bleus face aux Blacks. Dans les rues de la petite capitale, c’était jour de fête. Et l’incroyable s’est produit. Dans les travées du mythique Millenium, le public tricolore a terrassé son homologue néo-zélandais. Sur la pelouse, les coéquipiers de Raphaël Ibañez ont battu ceux de Richie McCaw. Soutenus par des Lillois, des Nantais, des Strasbourgeois, des Bordelais, des Toulousains, des Parisiens, qui entonnaient en choeur «La Marseillaise». Chanter son hymne national, c'est du patriotisme. En aucun cas du nationalisme.

C’est ça, mon rugby. Un formidable engouement populaire, une troisième mi-temps avant l’heure. Au royaume merveilleux de l’Ovalie, les supporters se respectent. Au royaume merveilleux de l’Ovalie, les vaincus font la haie d’honneur aux vainqueurs.  

Oui, c’est une vision naïve de ce sport aux vertus éducatives. Mais j’assume. Je veux croire que, malgré le professionnalisme et le marketing qui remplit les stades de nouveaux convaincus, les valeurs du rugby demeureront. Et qu’elles s’imposeront sur le chauvinisme. Si le prix à payer pour que les écoles de rugby fassent le plein ce sont quelques sifflets portés par l’enthousiasme, j’achète.

J’ose espérer aussi que l’engouement (tardif) suscité par cette Coupe du monde redonnera des couleurs à un sport français dans la grisaille. L’athlé, le volley, le basket et bientôt le foot: depuis deux mois, nos équipes nationales sont à la peine. Alors cessez de râler, laissez les Bleus nous combler à nouveau de bonheur. Seule la victoire est belle. On en a assez des loosers magnifiques. Souvenez-vous de la joie que nous avait procurée la France championne du monde 1998. Depuis, on a pas souvent eu l’occasion de vibrer.

Gil Baudu
Journaliste français à 20minutes.fr

10.10.2007

Le rugby a uni ce que le foot a séparé

Dimanche fut pour nous une grande journée de sport. En apéritif, le Superclasico argentin: Boca vs River ou River vs Boca (cela dépend de quel coté on se trouve). Cette fois-ci les «gallinas» (les «poules» de River la riche) se sont imposés clairement aux «bosteros» (les «bouseux» de Boca la populaire).

Les fans de Boca, l´ancien club de Diego Maradona, normalement liés aux couches sociales plus pauvres ont trouvé dans le sport de la balle ovale un certain réconfort. Mais ce sont leurs archi-rivaux qui ont fait deux fois la fête. En effet les fans de River représentent la classe moyenne supérieure des quartiers de Nuñez et Belgrano, berceau de plusieurs joueurs de rugby. En terme de satisfaction, c´est donc River qui l´emporte doublement ce dimanche.

Mais assez parlé de foot, revenons aux Pumas. Ces gars sont définitivement en train d´écrire un chapitre important du rugby argentin. Leurs victoires ont lsupplanté dans l'inconscient collectif la mythique tournée des années soixante en Afrique du Sud, lors de laquelle est né le surnom Pumas. Mais l´histoire ne s'arrête pas là. Ils sont devenus un véritable phénomène social, un exemple a suivre. Leur courage et leur fraternité ont été soulignés par tous les journaux.

Un important magazine a publié dans sa première page : Les Pumas et le pays de nos rêves. Le Rugby s´est tellement popularisé que pour que le grand public comprenne mieux le sport on le «footballise». On compare ainsi Juan Martin Hernandez avec Maradona. «El Mago» (le magicien) aux côté d'«el Pibe de oro» (l'enfant en or). A l´heure des célébrations tout le monde se retrouve à l´obélisque (monument principal de Buenos Aires), comme on le fait quand l´équipe de foot gagne un match important. Et quelle fête ce fut, mes amis!!! Ces joueurs donnent de l´espoir à tout le monde, riche ou pauvre. Ils ont fait de ce dimanche une vrai célébration nationale. Une nouvelle surprise qui fait plaisir a tout les argentins. Qu´il soient de River ou de Boca. Le rugby a uni ce que le foot a séparé.

 

Marcelo Boffi,
à Bueos Aires

 

09.10.2007

Ce n’est pas mon rugby

Qui s’intéresse un peu au rugby saisit rapidement l’importance émotionnelle du coup d’envoi. Moment furtif et évanescent qui vous fait pourtant ressentir un frisson jusqu’à l’échine. Rumeur d’un public passionné qui devient soudain bruit assourdissant, le temps que le ballon suspende son vol, avant le début du combat.

De la main courante des stades Sauclière ou Sabathé aux grandes arènes du rugby mondial, ce «Allez!» collectif m’a élevé au rugby comme il a formé des générations d’amateurs de jeu ovale à son universalité et à tout ce que ce sport comprend de respect de l’autre et de désintéressement partisan. Un cri d’amour collectif pour un jeu dont la troisième mi-temps compte autant que les deux premières.

Dimanche, 20h59, coup d’envoi d’Argentine-Ecosse. Alors que Pumas et Chardons vont entamer un inédit combat, entre opposition de styles et proximité de valeurs (les mal-aimés contre les désargentés du rugby mondial), l’insensé se produit. Mon moment de bonheur, ce râle initial n’aura pas lieu. L’assistance du Stade de France lui a préféré… la Marseillaise.

Que l’on se rende au stade tels des Footix de 1998, tout de tricolore peinturluré, alors que s’affrontent deux équipes non françaises, passe encore.
Que l’on ne puisse pas boire de bière dans les gradins, c’est malheureux, mais dans l’ordre des choses.
Que les Blacks jouent en gris, c’est le pouvoir naturel des sponsors.
Qu’Angleterre-Tonga soit entouré d’un dispositif policier égal à celui du PSG autour du Parc des Princes, c’est Vigipirate et ça peut se comprendre.
Qu’Enrico Macias, Didier Barbelivien ou Christian Clavier se retrouvent dans les vestiaires du XV de France, ce n’est que la conséquence d’un phénomène courtisan. Qu’un DJ ponctue les points marqués d’énervantes musiques, transformant la partie en match de NBA,  c’est la rançon de la gloire.
Qu’il faille être abonné à Eurosport pour pouvoir suivre des équipes aussi passionnantes que le Portugal, les Tonga, la Géorgie ou le Japon, c’est inadmissible mais c’est le pouvoir de la télé.
Que Sébastien Chabal soit instrumentalisé par les médias et le public, c’est regrettable (d’ailleurs, il le regrette) mais il faut bien donner un Zidane au rugby (sauf que Zidane était vraiment bon, alors que Chabal a une barbe, même s’il a progressé durant le Mondial).

Tout ce passage du rugby d’antan au rugby marketé m’irrite de façon croissante, mais cela n’a jamais vraiment dénaturé le jeu que nous avons tous connu. Mais qu’on chante la Marseillaise au coup d’envoi d’un Argentine-Ecosse, c’est déplacé, insultant et méprisant.

Entourés de journalistes argentins abasourdis en tribune de presse, j’avoue avoir eu honte de ce nouveau rugby et d’un public qui a franchi la limite huant celui qui n’est pas Français. Devant ces comportements qui évoluent doucement mais sûrement du chauvinisme bon teint au nationalisme repoussant je me sens comme un expatrié dans un pays qui aurait inventé un nouveau sport (d’où la présence de ce billet dans le blog des expat’). Car ce ne sont pas les valeurs du rugby que mon grand-père m’a tant et tant enseignées, appuyé sur les mains courantes des stades de Sauclière ou Sabathé. Désormais je n’ai qu’une hâte: que cette Coupe du monde se termine et que le soufflet médiatico-patriotique retombe. Vite.

Stéphane Alliès,
Journaliste à 20minutes.fr,
expatrié dans son propre pays

08.10.2007

Ça passe!

Bob est écossais. Au milieu d’une foule de Sud-Africains, quand il crie «Go! Go!» à la 58e minute, c’est pour encourager ce qui deviendra le deuxième essai fidjien en deux minutes. Il en est à sa deuxième pinte de Mitchell’s, l’une des bières locales, et continue d’y croire.

20 – 20 à 20 minutes de la fin du match. «Hier soir j’étais pour la France , aujourd’hui pour les Fidjis… J’aime encourager les petites équipes !» Bob est marrant. Mais il est seul : comme dans tout le centre commercial alentour, au Ferryman’s tavern du Waterfront (oui en fait, j’ai changé de pub: un pub anglo-saxon reste plus authentique qu’une taverne bavaroise), on vibre évidemment pour les Boks. On souffle le chaud et le froid, on est sûr de soi à la mi-temps, on imagine l’élimination du dernier représentant des Tri-Nations un quart d’heure plus tard, on applaudit sportivement le courage des Fidjiens, on frémit quand les mauvaises passes des Vert et Or se succèdent, on souffre et on souffle en fin de match… Soulagement.

L’Afrique du Sud en a bavé, mais à l’inverse des Blacks et des Wallabies, n’a pas plié. «Hier, on était franchement contents de voir les deux autres se faire éliminer, m’avoue Linda, serveuse même pas honteuse. Mais du coup, on avait peur pour aujourd’hui.» Ce n’était donc pas un mauvais sort jeté contre les Tri-Nations… Les Springboks sont toujours là, le Ferryman’s tavern applaudit bruyamment. Bob aussi. Son grand match à lui, c’est dans quatre heures. Quelques litres plus tard…

 

Antoine Gazeau,
au Cap

07.10.2007

On dirait le Nord…

Paulaner München. Une bière bavaroise, oui. Un pub du Waterfront – les anciens dockers du Cap réaménagés –, aussi. Mesdames et messieurs, c’est en direct de ce bar pas-du-tout prédestiné aux retransmissions rugbystiques que nous suivrons les quarts. Le propre de ce pays est justement l’adaptation de toutes les cultures aux autres dissemblables…

Angleterre – Australie ? Les blancs évidemment… Mes amis sud-africains m’avaient parlé d’une pseudo-solidarité entre pays de l’hémisphère sud. Que dalle, pas ici en tout cas. Au contraire. Applaudissements nourris au coup de sifflet final. Des fans du XV de la rose, pense-je. Faux, l’Australie est éliminée, simple as that. Je me dis que je devrais trouver quelques supporters français pour la soirée…

Je n’ai pas tort. Peu après 21h, autant le silence pèse lors de l’essai néo-zélandais, autant l’accueil est chaleureux pour Beauxis et sa première pénalité réussie. Nick : «Plutôt voir la France championne du monde que laisser les blacks passer un tour de plus.» Joe, un autre, que je ne connais pas plus : «Les blacks sont meilleurs, mais j’y peux rien, je veux les voir perdre. Comme vous avec les Anglais…» Je comprends. On se comprend. Et on boit la santé des bleus. Avant de célébrer une victoire des Boks dans le même bar, ce dimanche?

Antoine Gazeau,
au Cap

06.10.2007

Puma plus fort que Boca

Il s´est produit quelque chose d´incroyable hier. Du jamais vu dans le
pays des Pampas. Je vous ai dit que les victoires des Pumas sont en train de
faire de ce sport un spectacle de plus en plus populaire. Et bien, en voila
une autre preuve. L'Association de Football Argentine (AFA) a décidé de faire avancer le supercalsico de foot argentin Boca-River pour que tout le monde puisse aussi voir le match de rugby entre l´Ecosse et l´équipe nationale. Surprenant!! Surtout dans un pays comme l´Argentine où le foot est presque une religion nationale.

Cela ne s´est produit qu´une seule fois. En 1983 l´AFA avait décidé de faire jouer plus tôt le « super clásico », comme on dit ici,  pour que tous les argentins puissent suivre la course de Formule 1 où le pilote argentin Carlos Reutemann avait la chance de devenir champion mondial. Il faut dire qu´il y a cependant une forte différence entre cet événement et l´actuel. «L´automobilisme» (sic) est un sport très populaire dans ce pays. Mais pour le rugby on n´ aurait jamais rêvé d'un tel privilège. Privilège que la plupart des journaux argentins soulignent dès leur première page. Allez les Pumas!!!!

 

Marcelo Boffi
à Buenos Aires

05.10.2007

Si les Blacks ont une lacune, c'est devant

Heureusement qu'on ne s'est pas qualifié avec les Lobos, car je suis revenu la bonne semaine à Mont-de-Marsan. J'ai passé une semaine de malade, où on a mis les bouchées double niveau entraînement. Physiquement, la préparation de la Coupe du monde avec le Portugal m'a fait beaucoup de bien. Ça s'est ressenti sur mes tests d'endurance et de vitesse. Pour parler concrètement, j'ai franchi un pallier 17 (soit 17km/h sur une longue distance), ce qui est plutôt pas mal du tout pour un pilier et qui ne m'étais jamais arrivé auparavant. Je vois aussi que j'ai vachement progressé sur le jeu en mouvement, le replacement et la défense. Et je peux dire désormais que je suis un pilier plaqueur, ce que je n'étais pas autant avant.

C'était aussi l'occasion pour moi découvrir mes nouveaux coéquipiers. Le groupe montois est très sympa et la question éternelle, qui était sur toutes les lèvres de mes nouveaux collègues avec qui j'ai parlé du mondial, c'était sur le haka. C'est là où tu vois que l'avoir affronté, ça compte un peu sur un CV.

De cette maigre expérience face aux Blacks, je pense pouvoir conseiller aux Français de tout donner dans le combat d'avant. Au large, c'est tellement fort: continuité du jeu, fluidité des passes, prises impeccables des intervalles... C'est un mouvement perpétuel du ballon, qui ne s'arrête que derrière ta ligne. En revanche, si les Néo-Z ont une lacune, c'est devant. Nous Portugais, on a quand même gagné toutes nos mêlées et on leur a mis un essai en ballon porté. Si l'on doit chercher un défaut, c'es sur les phases statiques et les groupés-pénétrant. Et quand on voit la mêlée bleue, la plus dense à mon sens depuis ce début de mondial, je ne vois pas la France forcément perdante.

Dédé Da Silva,
Pilier du Portugal et désormais de Mont-de-Marsan

 

Verts de déception

Une semaine après, l’Irlande ne s’est toujours pas remis de sa défaite. «Quand une équipe gagne, c’est grâce aux joueurs, quand elle perd, c’est à cause de l’entraîneur» dit-on généralement. Cette fois, les joueurs et l’entraîneur sont mis dans le même bateau. Et pour les fans ou les commentateurs il n’y a pas grand-chose à conserver.

A l’aéroport de Dublin, quand les joueurs ont débarqués, quinze fans les attendaient. Seulement quinze personnes dans un pays qui vit rugby, c’est un signe qui veut tout dire sur la déception causée par la contre-performance irlandaise.«Que cette équipe ait joué à ce niveau de médiocrité est totalement sans précédent», écrit Matt Williams, l’analyste rugby de L’Irish Times, avant de pointer les faiblesses offensives, défensives, psychologiques et surtout la complète défaillance dans les systèmes de jeu, et le choix des joueurs alignés. Rien que ça.

Et il ne faut pas compter sur L’Irish Independent, pour un bilan plus nuancé que son concurrent. Leur revue des joueurs est incendiaire. O’Driscoll: «douteux en tant que leader». O’Gara: «la triste ombre de ce qu’il était», D’Arcy «a réalisé une coupe du monde affligeante», O’Sullivan «un désastre». Eddie O’Sullivan a eu du flair d’avoir renouveler son contrat pour quatre ans avant la Coupe du Monde. Et l’IRFU (Irish Rugby Football Union) a décidé de ne pas le remettre en cause, son directeur général Philip Browne allant même jusqu’à déclarer : «D’après nous, il est la personne la mieux qualifiée pour ce poste». Un avis probablement partagé par un seul autre Irlandais en Irlande : Eddie O’Sullivan lui-même!

 
Merrill Goussot,
à Dublin

 
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